Immigration clandestine : dessous de table.
Par Zool le 23 mai 2008 dans Les Dossiers
L’occupation en ce début de mois de mai des locaux de la CGT dans le 3ème arrondissement de Paris interpelle l’opinion publique. Ces travailleurs irréguliers ayant tous un emploi “exercent” avec la bénédiction de leur employeur ou utilisent l’identité d’un tiers. Leur action trouve sa justification dans la dénonciation de ce qu’ils qualifient d’accords tacites entre le syndicat de travailleur, l’association Droit Devant et le gouvernement qui tenteraient de repousser cette marée noire au-delà de ses frontières alors que paradoxalement ces travailleurs pourraient participer légalement à la vie sociale sans être des “freins” au développement économique de la “nation”.
Depuis l’opération “coup de poing” lancée par le syndicat et l’association Droit Devant le 15 avril sous forme de grève menée par environ 800 “salariés irréguliers” seulement 3 dossiers sur 900 déposés ont reçu le récepissé ; étape obligatoire et préalable à l’obtention d’une carte de séjour. Cet évenement est subtilement révélateur des rapports ambigus qu’entretienent la France et le Continent. La presse s’évertue à décrire les faits avec une agaçante candeur et survole le fond du problème sans y faire une once de référence. Leur savant cocktail littéraire renvoie inéluctablement le lecteur peu au fait de ce “dossier,” à l’image d’un pays en crise dans lequel le chômage sévit et où facteur agravant… l’africain, le sans-papier ; le spoliateur de biens déambule et prolifère éhontément.
La présence des successeurs directs d’une main-d’oeuvre ayant participé à la reconstruction d’une Europe ébranlée par la guerre et s’étant naïvement engagée et battue pour la “patrie” n’est plus souhaitée. On s’évertue à dépeindre les immigrés comme de vulgaires envahisseurs qui cherchent à tout prix à régurgiter des morceaux d’Afrique pour se remplir le ventre d’occident en éludant un peu vite que ceux qui les repoussent aujourd’hui furent les premiers à les avoir courtisés autrefois ; comme l’illustrent si bien ces propos de l’historien Gérard Noiriel “ancien” de la cité nationale de l’immigration : “l’immigration est montrée comme négative. On montre du doigt les clandestins alors que la France est un pays né par l’immigration”.
Des deux côtés de la méditéranée, l’alarme est générale… sur un mode différent. Combien de chaloupes chavirées? Combien de navires naufragés ou interceptés en pleine mer et refoulés ? Les mémoires sont encore fraichement marquées par la tragique disparition de ces deux jeunes guinéens retrouvés morts un mois d’aout dans le train d’aterrissage d’un avion. A qui la faute? Le président du Sénégal Abdulaye Wade avait lors d’une de ses prises de paroles exhorté les mères de la “patrie” à retenir leurs fils au lieu de les pousser à entreprendre des voyages au péril de leur vie. Les vrais responsables sont-ils là, dans cette population perdue entre le “bling bling” de sa diaspora et le “m’as-tu vu” de ses couches aisées?
Pour sa première visite officielle au Sénégal en tant que président N.Sarkozy a déclaré : “L’Afrique est à 14Km de l’Europe, la réussite de l’Afrique c’est la réussite de l’Europe, l’échec de l’Afrique c’est le désastre de l’Europe”. Convaincus ? Il a également déclaré : “La France est un pays ouvert. Elle n’a pas l’intention de piller les élites africaines. Mais nous ne pouvons pas acceuillir tout le monde” (juillet 2007). Il est aisé de prendre conscience, aux vues des nouvelles méthodes, disons le franchement, plus musclées de “chasse aux sans-papier” ce terminant bien des fois par des suicides et autres drames humains des nouvelles orientations de la politique française en terme d’immigration. Objectif visé pour 2008, 26 000 expulsions.
En Afrique, la gronde monte, reflet de cette ire grandissante : l’agression de policiers de la PAF raccompagnant des clandestins au sortir de l’avion à l’aéroport de Conakry. Une vindicative policière avait ralliée à la cause “familiale” avait d’ailleurs lancé un très révéateur “la colonisation est finie”. La colère de tout un peuple sous tend un drâme qui se déroule dans nos sociétés.
La France victime de ses propres échec est débordées par une situation qu’elle ne contrôle plus. La dette qu’elle affiche est un indicateur suplémentaire d’une situation de plus en plus préoccupante. En temps de crise, le plus aisé étant de se retourner sur le plus faible, les faits sont délibérément surmédiatisés et rallient une population croissante “d’autochtones lobotomisés” sous un même drapeau.
L’Afrique se sent méprisée, rabaissée… sentiments renforcés par des propos “insultantissimes”: “la France n’a pas besoin de l’Afrique”… Après toute cette spoliation de bien destructrice ? …c’est tellement facile. Souvenez vous de cette colonisation où nombre de politiques occidentaux effectuaient multes aller-retour dan le but de renflouer leur caisse. L’Afrique 60 ans après les indépendances se retrouve déshumanisée, désoeuvrée, annihilée dans sa culture, réduite à admirer à la lorgnette l’universalisation du modèle occidental. “L’éducation des peuples africains est une nécessité pressante. C’est une question de vie ou de mort. Nous ne devons plus permettre une nouvelle génération d’africain n’ayant aucune identité et ignorant tout de l’Afrique” (Pr.Asa Hilliard). Seulement voilà, “les africains n’ont pas été emmenés en occident pour y être instruits mais pour être de la main-d’oeuvre” (Pr.Wilson). L’Afrique si riche et pourtant si pauvre continue d’être pillée en son sol et est réduite à une malheureuse mendicité structurelle. Il est hilarant de se remémorer l’ultra médiatique “non” de Sékou Touré à un Charles de Gaulle vexé au possible qui avait déclaré en réponse que désormais “la guinée n’aurait droit à rien” et avait envoyé de facto ses sbires récuperer tous les équipements si charitablement offert. Avez-vous dit ampathie ? Voyons plus loin…
La France et l’Afrique c’est du donnant donnant, pour illustrer ce point nous vous renvoyons à la dernière coopération France-Algérie en vue de la formation des gendarmes et policiers algériens qui devrait avoir comme retour une mise à disposition d’informations ayant pour objectif d’aider la France dans sa lutte contre le terrorisme… avantage majeur dans un pays de plus en plus difficile à décripter et à maintenir sous sa coupe. En Afrique noire le silence énigmatique de A.Wade lors du discours perçu majoritairement comme insutant par un auditoire démissionaire devant une allocution insuportable pour la plupart, interpelle. L’ “accord” récent de gestion des flux migratoires signé entre les deux pays constitue certainement un élément de réponse. L’objet de ce consensus prévoit l’attribution d’un nombre limité de titres de séjour “spécialisés” aux sénégalais candidats à l’immigration et répondant à des critères pré-défini avec notement la condition de qualification dans une profession inscrite dans la liste des quelques 108 métiers qui intéressent directement le géant français. Immigration choisie, déboulonage savant, fuite des cerveaux… peu importe l’appellation ; l’unilatéralisme des intérêts est probant et constitue un rempart efficace contre l’invasion. Action grassement empaquetée dans une enveloppe de 17 million d’euros à répartir sur cinq ans sous couvert de “co-développement”. Intrigant… Le but caché de cette coquette somme risque bien plus que de mettre du piment dans le panier de la ménagère d’être affectée au service du contrôle des “fuites”. Quant au ridiculissime prix de l’intégration et codéveloppement afin de récompenser une personne ayant réussi son intégration ou son retour dans son pays d’origine voire une personne qui aurait aidé un tiers à s’intégrer, il tient plus de la foire du trone que d’une réelle envie de débloquer positivement une situation. De qui se moque-t-on ? La population grande exclue de cette connivence de haut niveau continue à rêver, scotchée sur son écran de télévision, regarde les Jay-Z et autres fanfarons, se calque sur les soap opera, fuit donc un quotidien qu’elle ne maîtrise pas, ne comprend pas et fait des plans d’avenir pour cet autre monde qu’un jour c’est certain… elle atteindra.
Les familles n’ayant plus rien en commun avec celles d’antan oublient les palabres et se font seconder voire totalement remplacer dans leur rôle éducatif par la télévision, la radio, et les cyber café qui pullulent et s’installent à chaque coin de rue en leur renvoyant comme une claque le misérabilisme de leur situation pour augmenter le désespoir. Notre belle Afrique passe à côté de sa propre grandeur et s’ampute elle même de sa force créatrice.
Une éducation voire rééducation massive par la réhabilitation d’une image positive d’elle-même, de différents choix économiques et commerciaux, la non privatisation des ressources enrichissantes du territoires, et enfin la fierté d’être ce que nous sommes sont des gageures pour que notre continent sorte la tête de l’eau. Plus la blessure est profonde, plus le processus est long. Ne soyons pas dupe et oeuvrons ensemble dans toutes les ramifications que compte un état pour ne pas faire mentir “ses” dires: “l’Afrique à aussi sa part de responsabilité dans son malheur”.
Tags : Abdoulaye Wade, Françafrique, Immigration


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