Somalie : La piraterie pur fruit de ses victimes

Alors que les navires des flottes les plus puissantes de ce monde naviguent dans le Golfe d’Aden et l’Océan Indien pour enrayer la piraterie, les boucaniers somaliens, à bord de petites vedettes, détournent tout ce qui bouge.

Le CV des pirates du Golfe d’Aden est de plus en plus impressionnant, cargo de chars d’assaut ukrainiens, pétroliers et maintenant le Sirius Star, supertanker saoudien ! Alors que le monde se mobilise pour faire face à un fléau qui nuit aux industries de toutes sortes, dont la plus représentative et significative reste bien sûr celle du pétrole, des équipes de brigands somaliens viennent capturer des équipages entiers et détourner des navires impressionnants. L’ennemi est pourtant de taille pour ces pirates de la Corne de l’Afrique, les armées des pays les plus puissants du monde : Europe, États-Unis, Russie…

Qui sème le vent récolte la tempête serons-nous tenté de clamer, puisque comme l’a dit lui-même Daniel Kroslak de l’ONG International Crisis Group : En Somalie “la piraterie est le fruit de la “faillite” de l’État”. Nous sommes d’accord que le gouvernement est en état d’échec total puisqu’il ne contrôle rien ou presque sur son propre sol. Ceci dit, les pirates existaient bien avant son retour en poste, avant l’invasion éthiopienne, pur produit de l’anarchie et du règne du crime organisé, l’époque de l’après Siyad Barré où les chefs de guerre maîtrisaient le pays.

Il est donc facile d’accuser les protagonistes d’aujourd’hui sans vraiment se pencher sur les vrais raisons de la crise et ce retour à l’anarchie, voir qui de ces acteurs est vraiment responsable.

À une heure où le viol et la tuerie étaient le quotidiens des somalis, l’Union des Tribunaux Islamiques (UTI) a décidé de prendre les armes pour renverser les chefs de guerre et chasser le pouvoir virtuel de Abdullahi Youssouf Ahmed, placé à Baidoa après avoir siégé plusieurs année au Kenya, lieu même de l’élection du Président. Il est facile évidement de commenter cette période en disant que des “islamistes” ont renversé le pouvoir central somalien et donné une victoire au terrorisme, eux qui sont d’ailleurs accusés d’être un bras d’Al-Qaïda en Afrique de l’est par les chefs de guerre, ces derniers étant financés et soutenu par l’Éthiopie et les États-Unis.

Ce que nous devons voir en tant que personnes objectives et impartiales, c’est le résultat de cette courte prise de pouvoir par l’UTI ainsi que l’entrée en guerre de l’alliance étasuno-éthiopienne qui l’a renversé. Les causes à effets ont été conséquentes, au lieu de laisser en place le seul pouvoir qui a réussi à enrailler la criminalité et la courruption qui laminait le pays, les faucons étasuniens n’ont vu que leurs intérêts énergétiques et ont utilisé la fameuse couverture de la “guerre au terrorisme” pour envoyer son bras armé éthiopien.

Alors que l’UTI approchait des abords de Baidoa, la tranquillité et stabilité était retrouvée dans tout le centre sud du pays y compris la capitale Muqdisho. Les places principales du commerce somalien avaient repris un rythme encourageant et surtout les pirates avaient été neutralisés ! Avant 2006 la piraterie infestait le Golfe d’Aden et les bandits des mers détroussaient le moindre bateau à leur portée. En somme, la piraterie des côtes somaliennes n’a rien de nouveau, c’est plutôt les quelques attaques spectaculaires qui démontrent une évolution du problème. Les pirates ont bien compris que les médias parlent d’eux et cela fait grimper les prix des rançons. On sait aussi que la route principale des pétroliers et autres cargos aux chargements précieux s’est vue perturbée par l’assaut étasuno-éthiopien, plongeant la zone dans l’insécurité totale.

Incapable de contrôler un pays de toute leur histoire, les étasuniens ont une nouvelle fois plongé un pays entier dans le chaos, tel qu’il en avait été le cas pour l’Afghanistan et l’Iraq, envahis pour les mêmes prétextes et pillés par les même “sauveurs”. En Somalie les américains ont été plus malins et n’ont pas voulu envoyer leurs propres troupes, du fait premièrement qu’ils étaient embourbés en Iraq mais aussi car la cicatrice laissée par l’opération “Restore Hope” est restée gravée dans les mémoires, plongeant les généraux dans la peur d’une nouvelle fessée.

L’invasion éthiopienne a bien entendu ravivé les tensions entre ses deux pays ennemis et l’on est pas prêt de voir la résistance somalienne capituler, c’est d’ailleurs une demi victoire pour les shababs et l’UTI de voir les troupes d’Addis Abeba quitter le navire, impuissants devant une telle violence.

Aujourd’hui on voit les cargos de transports humanitaires protégés par des navires de guerres, on patrouille et sillonne l’Océan Indien pour protéger les intérêts des protagonistes de l’économie mondiale, déjà frappé par la crise financière ils voient leurs navires saisi par les pirates. On a même pensé se détourner les bateaux de l’itinéraire classique.

On essai de crédibiliser la présence militaire internationale sur le sol somalien comme en mer en suggérant un lien entre le “terrorisme”, sous-entendu l’UTI, et les pirates. Or, il faut savoir que jamais aucun lien n’a été établi entre piraterie et terrorisme, dans les faits comme dans les lois. Ces deux termes étant diamétralement opposés. Le terme “piraterie” étant défini par la Convention de Genève de 1958 comme étant “tout acte illicite de violence, de détention, ou de dépréciation commis à titre privé pour des buts personnels par l’équipage ou les passagers d’un navire privé”, tandis que le terme “terrorime” n’a aucune définition fixe, on en compterait même une centaine et aucune n’est inscrite dans le droit international ni même acceptée par l’ONU. On s’accorde seulement sur un concept qui placerait le terrorisme quelque part entre un acte de guerre en temps de paix et un crime de guerre commis par un organisme non étatique. Bref, rien à voir avec des pirates ! Aussi, on commence à sous-entendre que les rançon soutirées aux armateurs serviraient la cause de l’UTI mais, selon le Bureau Maritime International lui-même, aucun lien n’a été établi entre les “réseau terroristes” et les rançons, ces finances servant plutôt à renforcer la logistique de nouvelles attaques, notons aussi que depuis le détournement du Sirius Star l’UTI s’est remis à la traque des pirates, une preuve de leur désaveu de ces actes. J’ajouterai cette phrase pleine de vérité : “l’amalgame entre ces deux fléaux est aussi dangereux que de confondre criminel de guerre et voleur à main armées“.

Mais en toute honnêteté il aurait fallu laisser l’UTI en place et les laisser prendre Baidoa, et se débarrasser de ce pouvoir fantoche qui ne régnait sur rien. Au lieu d’accourir aux richesses par la voie du pillage, il fallait reconnaître le gouvernement de l’UTI et traiter avec eux pour des partenariats en matières d’exploitations des ressources naturelles. Ainsi, personne n’aurait eu besoin d’intervenir militairement et perdre des milliers de soldats et des millions de dollars dans la bataille, perdre des navires et des cargos, voir des supertankers dans des eaux polluée par le banditisme.

Les pirates somaliens défient désormais les armées du monde à bord de leurs petites vedettes, tels des requins en haute mer, impossible à dénombrer et neutraliser, la recette de la guérison est connu, elle a été appliquée et a prouvé son efficacité, envoyer toute la marine militaire du globe ne résoudra rien et ne fera que démontrer au monde que l’on ne récolte que ce que l’on sème.

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  1. déc 4, 2008: from Somalie : échecs et promesses d'échecs - le Portail Afrique Noire ! | Afroprisma.com

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