Mali : Semaine culturelle de l’Europe, concert-expérience.

Forte d’une quarantaine d’années de coopération consensuelle toujours indécente, notre vieille Françafrique au Mali remet le couvert en ajoutant Bamako la belle à sa liste déjà bien fournie de partenaires privilégiés, et d’interlocuteurs culturellement consentant en affichant comme à l’accoutumée un engagement d’un philantropisme désarmant sur fond social.

La semaine culturelle de l’Europe au Mali sera l’occasion pour les “maliens de s’informer sur l’activité de l’Union Européenne, ses missions, et ses domaines d’interventions” dixit Giaccomo Durazzo, chef de la délégation de l’Union Européenne et accessoirement principal organisateur de l’évenement au côté des ambassades étrangères présentes au Mali. Cet évenement est comme nous aurions pu le prévoir encensé par une presse locale lamentablement conquise et “partiellement” représentative d’une élite autochtone occidentalisée toujours prête à laisser entrevoir le bout de sa glotte pour s’attirer les faveurs du géant européen. La thématique affichée étant le dialogue interculturel citons encore une fois M.Durazzo en vue d’injecter un peu de sérum réactif à nos méninges: “Ce thème devrait instaurer et faciliter le dialogue entre les peuples… le dialogue interculturel permettra une meilleure connaissance de l’autre et encouragera le développement de rapports harmonieux”.

Il semble peu aisé pour l’esprit éclairé de se laisser fourvoyer par cette aguichante fable au vue et ne citons qu’un exemple du fameux concert-expérience “griot contre slameur” ou “du griot au slameur” titres si l’on en convient peu flateurs. Le tout prendra la forme d’une joute vocale entre les représentants de la tradition entendez ici de la forme brute quasi primitive de l’art oratoire et les tenants d’une surfaite modernité bénéficiant, elle, d’influences diverses, fruit de divers flux migratoires, et d’un “positif” brassage de population. Il est à noter qu’aux prémisses de toute connaissance d’autrui se trouve une nécessaire décentration, opération par laquelle on se détache d’une partie de soi pour comprendre et envisager l’autre en et par lui en se débarrassant de tout schéma interprétatif déjà formé, sans conspiration aucune. Le piège du miroir déformant de ce que nous sommes, ou devrions être, en faisant miroiter une fois de plus à une plèbe séduite qui rêve pour la plus grande majorité de s’embarquer sur ce bateau ivre immigrant, est bien connu… il sème ; il sème ses gènes pathogènes.

Méditons ces propos du traditionaliste malien Amadou Hampathé Bah : ” Déjà au temps de la colonisation, commença le travail de sape de l’éducation traditionnelle. On lutta par tous les moyens aussi bien dans les écoles coraniques que contre les ateliers de métier traditionnel qui en fait étaient des centres de transmission de tout un ensemble de connaissances aussi bien techniques et scientifiques que symboliques et culturelles”… “on se condamne à ne rien comprendre de l’afrique traditionnelle si on l’envisage à partir d’un point de vue profane”.

“Du griot au slameur” sous entend “malabilement” une notion évolutive entre une étape et une autre quant au non moins honorifique “griot contre slameur”, il serait un euphémisme d’affirmer que se dégage de cet appellation un forte odeur de compétition de laquelle seul un vainqueur devrait inéluctablement sortir. Nous aimerions bien comprendre comment l’Union Européenne se propose de comprendre et d’aider un pays voir un continent en lui opposant comme reflet alternatif un produit fruit de leurs “entrailles communes” ; un “à mi-chemin entre”, nouvel avatar d’une culture de consensus ou la condition d’adhésion première est d’oublier une partie de soi-même ; se vider (de son afrique) dans une subtile perspective (d’acculturation)… tout ceci applicable bien entendu à l’unique adhérent, parent pauvre des instances décisionnelles.

Si le but de cette rencontre est la réciprocité, comment expliquer que les organisateurs, tous étrangers, ne laissent comme marche de manoeuvre aux principaux intérressés que les 15 millions d’euros gracieusement offert pour “renforcer d’avantages les actions culturelles”. L’Union européenne se définissant elle même comme un “modèle d’intégration entre les pays”, utilise depuis de longues années une pléiade d’instruments visant à orienter ses bénéficiaires dans un sens prémédité, en prétextant “la prévention de conflit ; le maintient de la paix et la lutte contre le terrorisme”.

Le tableau aujourd’hui est édifiant: la culture comme élément fondateur et édificateur de la société malienne est en dérive. Combien de “MC” en claquettes troquent leur respéctable prénom d’origine contre des pseudonymes aux claires consonances américaines en ne rêvant que de l’eldorado doré de l’oncle Sam.

Après tout comme l’a si hâbilement déclammé le griot Nampe Sadio: “Quand Farafi et toubabou se rencontrent le succès est certain”…

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1 Commentaire(s)

  1. Nous sommes en droit de nous interroger sur l’utilité réelle de tels évènements pour un continent subissant un viol économique continue.

    Prouver la connexion entre les griots et les slameurs ne semble pas être fortement existentiel pour le planteur malien qui tente d’établir une réelle connexion entre sa force de travail et le fait de pouvoir couvrir les besoins primaires de sa famille : alimentaires, éducatifs, santé.

    La connexion entre griots et slameurs est censée doper l’égo du malien ?
    L’homos habilis africanus serait -il en réalité l’homos musica ?
    Il semblerait qu’une assez grande partie de ces organisateurs de manifestations ‘culturelles’ aient appliqué à merveille la fameuse triste et célèbre phrase de senghor : ‘le blanc est hellène et le nègre est émotion’.

    Autrement dit les problèmes économiques du Mali à l’instar des autres africains se gèrent plus facilement par le biais de musicothérapies comme à l’époque des plantations américaines où les esclaves n’eurent comme solution autorisée que ce type de thérapie.
    Ces manifestations aux parfums d’études anthropologiques africanistes ne font que musarder intellectuellement le Mali et le reste du continent .
    Il aurait été plus judicieux d’établir une connexion entre les griots du FMI et les slameurs de la CEE , concernant l’assèchement de ce continent africain .
    Il aurait été plus intelligent de dévoiler l’ambivalence qui existe au mali : une grande place mondiale dans le production d’or et une autre place mondiale en qui concerne la pauvreté croissante du peuple.

    AaMI | 27 mai 2008 | Répondre

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