L’Afrique de l’est à feu et à sang : Soudan et Tchad

L’Afrique de l’est dont le pire exemple est sa corne orientale, est déchirée par les guerres. On compte les années de tueries par dizaines et les morts par centaines de milliers… par millions ! A la guerre fratricide des somalis, au quotidien noir de l’Ogaden, à l’inextricable conflit soudanais, s’est ajouté récemment une crise frontalière entre Djibouti et Erythrée et un débordement sur l’Afrique Centrale avec une nouvelle offensive de la rébellion tchadienne.

Rude réalité qu’est celle de l’orient africain. Brûlant d’un feu meurtrier attisé par des intérêts autant régionaux qu’occidentaux, cette noble région n’est plus l’ombre d’elle-même. En Afrique de l’est les morts ne se comptent plus, ils s’enterrent.

Le Soudan au coeur des géostratégies

La région du Darfour, dans l’ouest du Soudan est déchirée depuis 2003. Le gouvernement est sommé par la communauté internationale de désarmer ses incontrôlables Janjawids entrés en guerre pour des raisons politico-ethniques qui relèvent d’une “évidence occidentale”, la réalité est toute autre. Le pétrole soudanais est concédé en grande majorité à la société chinoise China National Petroleum Corporation (CPNC), et pour résumer, aucune compagnie américaine n’exploite le pétrole du Soudan, les chinois coupant l’herbe sous le pied de Chevron et ExxonMobil qui sont déjà implantés au Tchad voisin, prêts à s’emparer des gisements soudanais ! Le Darfour se trouve être le centre d’une guerre sino-américaine pour l’exploitation de l’or noir, les étasuniens crient au génocide et soutiennent l’Armée de libération du Soudan (SLA), de l’autre côté les chinois arment le Soudan et donc les Janjawids qui luttent contre la rébellion du SLA et protègent ainsi leurs intérets dans la région. Le conflit éthno-raciste de terrain est en fait engendré par les convoitises pétrolières de ces mêmes charognards qui parlent de génocide, pas si ethnique que ça cette guerre !

Le Sud-Soudan est lui aussi lacéré par les combats, ceux d’une guerre civile enracinée depuis des décénies, l’un des plus vieux et plus meurtrier conflit du continent, plus de deux millions de morts ! Terre de pétrole, plus encore que le Darfour, elle attire les mêmes prédateurs. Les étasuniens appuient donc l’indépendance du sud et y soutiennent ouvertement l’Armée Populaire de Libération du Soudan (SPLA) ce dans le but d’affaiblir un peu plus le régime de Khartoum et y obtenir des exploitations pétrolières.

Les hostilités est-africaines se répandent en Afrique centrale et les heurts entre les gouvernements du Soudan et du Tchad en sont le principal facteur, le Soudan soutenant les rebelles tchadiens depuis plusieurs années, le Tchad étant impliqué avec le SLA au Darfour, une crise réelle fait monter la pression dans la région, les deux gouvernements sont au bord de l’explosion militaire.

Ndjamena l’assiégée

Après un peu moins de deux ans de paix relative, le Tchad renoue avec les combats. L’année 2008 marque un nouvel élan de rébellion, un regain de tension entre Ndjamena et Khartoum. Les rebelles venus tout droit du Soudan sont entrés dans la capitale tchadienne en un clin d’oeil, Idriss Deby Itbo, menacé et réfugié dans le palais présidentiel en appelle à la France, il était moins une !

Coup dans l’eau pour Omar El-Béchir, président de fer du Soudan et ennemi invétéré du régime tchadien qui rêve de se débarrasser de l’un des parasites du conflit du Darfour. Le maître de Ndjamena, lui, fait pâle figure devant cette énième incursion rebelle dans la capitale en appelant cette même France sarkoziste qui l’écrase de pressions et qui en profitera sans doute très vite. C’est de cette manière que tout se déroule au Tchad en ce moment, une bonne diplomatie françafricaine dont essaie de se détacher Idriss Deby mais qui lui colle à la peau, à l’image de l’arrestation médiatique sans complexe des français de l’Arche de Zoé suivi d’un jugement expédié en deux ou trois coups de fils de Nicolas. Avec une France gardienne du Tchad depuis plusieurs décénies par les opérations “Épervier” et “Dorca”, l’étau se resserre ces derniers mois avec les pressions de l’ONU, la présence continue de l’EUFOR et les infiltrations rebelles.

On sent la poudre dans le bassin tchadien mais on ne sait pas d’où viendra le coup de feu. Les rebelles poussent leurs attaques plus loin et plus facilement démontrant la faiblesse qu’aurait une éventuelle défense tchadienne esseulée. L’expédition finale pourrait bien approcher et ce, avant même qu’un conflit officiel n’éclate entre Khartoum et Ndjamena.

Parallèlement, l’étroite marge de mouvements laisse parfois présager un suicide gouvernemental dont la gâchette serait française, surtout avec les recents propos du ministre gaulois des affaires étrangères concernant le fait que “la France n’a pas vocation à intervenir militairement” et qu’elle préfèrera donc observer de loin plutôt que de s’impliquer. Les éperviers vont-ils migrer “malencontreusement” lors de la saison chaude ?

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