Guinée : Moussa Dadis Camara président

Contre toute attente et malgré le déni des membres de l’ancien gouvernement évaporés dans la nature, le coup d’État fomenté par la junte, aura vu ses aspirations se concrétiser ce 24 décembre. Retour de fait…

A peine quelques heures après l’annonce du décès de l’ancien président Lansana Conté, un communiqué lu sur les ondes de la RTG la radio nationale, par le général Mamadouba Toto Camara chef d’état major de l’armée de terre, proclamait la dissolution du gouvernement ainsi que de la constitution. Celui-ci invitait l’ensemble du corps fonctionnaire dont l’armée et les douanes à se joindre au mouvement de leur organisation : le Conseil National pour la Démocratie et le Développement.

La situation aura permis de mettre en lumière les dissensions internes de l’armée ainsi que les guerres intestines de ses membres scindés en un ”pôle royaliste” et un “pôle révolutionnaire”. Malgré les démentis du premier ministre Ahmed Tidiane Souaré affirmant le maintien du gouvernement de tutelle, la confusion concernant la stabilité du pouvoir en Guinée était bien réelle. En dépit de quelques coups de feu localisés près du camps Alpha Yaya Diallo proche de l’aéroport le calme régnait dans la capitale. La majorité de la population avait cependant par prudence évité de sortir et les commerces étaient pour la plupart restés fermés.

Les rumeurs allaient bon train sur l’identité de l’éventuel candidat à la succession du président Conté que les négociations entre loyalistes et mutins étaient censés révéler.

Quant l’inhumation du défunt est prévue pour ce vendredi 26 décembre, le destin de la Guinée se scelle sur le nom de Moussa Dadis Camara, numéro 1 du CNDD tiré au sort parmi d’autres candidats. Passant outre les condamnations de la communauté internationale qui ne peut reprocher au guinéens leur manque de considération, ce coup d’état est vécu comme une véritable libération par la majorité de la population. Moussa Dadis Camara devient ainsi le troisième président de la république de Guinée. Ce quadragénaire qui se décrit comme le porte parole des aspirations populaires ayant porté la casquette de général des services du carburant au sein de l’intendance des armées puis de directeur général des hydrocarbures de Guinée déclare ne pas vouloir briguer le poste présidentiel en 2010. 2010 correspondant à la fin du mandat de Lansana Conté, le CNDD et son président s’engagent au “nom du peuple” et “pour le peuple” à organiser des élections transparentes et “démocratiques”  et à gérer la situation du pays jusqu’à cette date butoir.

La population en liesse esquissant parfois quelques pas de danse a acclamé le cortège triomphant du CNDD gardant néanmoins à l’esprit le spectre de 1984.

En ce jour de deuil officiel, la population tire son pied de nez aux dignitaires du régime et aux donneurs de leçon “d’outre-mer” et impose par ses manifestations de joie son désir de rupture avec le passé…  il ne reste plus à ces héros d’un jour qu’à filer droit comme de bons soldats.

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