Côte d’Ivoire : le Prix de la Conscience Horaire.

“L’heure africaine tue l’Afrique. Ensemble combattons là”. C’est armée de ce slogan grotesquement aguicheur que la structure de communication publicitaire ivoirienne Régie Arc-en-Ciel est partie en croisade contre son cheval de Troie déclaré: l’heure africaine. Tout un programme…

But affiché, bousculer voire changer les habitudes d’un continent sclérosé dont le retard socioéconomique serait en partie dû au cruel manque de ponctualité de ses autochtones. Notre équipe de cadres ivoiriens se posant en challenger de cet incongru défi ont aiguisé leurs méninges en vue de plancher sur les projets qui sont susceptibles de sauver leurs pauvres concitoyens de leur dérive comportementale. Et la lumière fût !!!!! Tant de peine et d’effort de concentration ont finalement aboutit au germe d’une idée… ayant surement du perler sur des tempes endolories de tant de réflexion… il est là comme une évidence: le PCH.

Kesako ? Le Prix de la Conscience Horaire comme réponse aux exigences de l’économie de marché ? Notre bande à Basile semble être convaincue. Rendez-vous fût donc prit à la tour Ivoire théâtre pour l’occasion de cette tragi-comédie abidjanaise où la première consigne de faire débuter cette “nuit de la ponctualité” à 20h tapante a été respectée. Neuf prix de la “conscience humaine” (?) ont été attribué à des personnalités se distinguant par leur assiduité et leur ponctualité. Quant au SUPER prix de la Conscience Horaire il a été remporté par le président de l’institut du droit communautaire Narcisse As Known As “heure de blanc”… fantasme de l’européen refoulé ? Narcisse en plus d’avoir été élu à l’unanimité s’est vu offrir une villa d’une valeur de 30M de francs CFA dont le financement provient tout droit des caisses de la caisse d’Epargne et du crédit dôni dôni. Notre miss en cravate ému et comblé s’est lancé dans un diatribe, ode à la ponctualité pathétiquement loufoque.

Clou de la soirée, le discours du président de la Régie Jean-Baptiste Koffi lancé sur ton de leçon d’éducation civique, à l’instar d’un “j’accuse”, se posant comme dénonciateur des lacunes de “l’africain” en terme de “conscience horaire”:” la ponctualité est aujourd’hui un handicap que les africains doivent combattre sans délai” dixit J.B. Koffi.

Il va sans dire que tout africain aura son anecdote a vous raconter sur le manque de ponctualité en Afrique, cependant le ton utilisé pour cet évènement et autour de cette campagne est gênant de par l’écho qu’il fait à certaines descriptions stigmatisantes de lointains explorateurs, évangélisateurs, “civilisateurs” de surcroit pensant entrer en terre vierge de tout principe humain. L’africain parle à l’africain sans que le premier africain le soit complètement… africain. Y comprenez vous quelque chose ?

L’orateur s’adressant à une assistance complice a peut être un métabolisme “psychiquement” modifié dans lequel ses gènes blancs négrovores et occidentaux de surcroit consommerait la part de bounty que contient sa mélanine. Un petit tour sur le site internet de la Régie permet de se faire une idée plus précise sur la pseudo ampathie philantropique de notre équipe. On y apprend au détour d’un clic un peu plus sur les objectifs visés par le PCH.

  1. La redynamisation du monde du travail… belle fable.
  2. La réhabilitation d’une image d’un espace économique propice pour les affaires de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine).
  3. La mise en lumière de personnalité “ponctuelles” afin d’être prise comme exemple.
  4. Et enfin dernier point et non le moindre : gagner la confiance des investisseurs étrangers généralement attachés à la ponctualité (précise-t-on).

Le visuel de la page d’accueil est en tout point édifiant. “L’africain” y est décrit avec détachement (peut-on convaincre quand on s’assimile à la masse ?) et est mis en scène dans 4 court-métrage métant en exergue son côté génétiquement retardataire. Parmi ceux-ci la mariée palabrant au salon de coiffure pendant que son blanc de mari (synonyme de consécration sociale) finira par prendre l’avion en raison du retard de sa fiancée et du report de son mariage, ou le pointeur toujours en retard, quasi despotique avec les employés qu’il aura arbitrairement placé dans sa ligne de mire avec en titre de ce mini film : “Aaah ces africains”, voire un homme d’affaire déconfit devant le manque de sérieux de ses partenaires déclamer : “Pourquoi est-ce-que je suis africain ? ”

La stigmatisation du noir par le noir avec pour but tacite la désafricanisation symbolique des accusateurs pour séduire un “tiers” a-t-elle valeur d’accréditation ? Le “je suis noir et africain mais je me soigne” trouverait parfaitement sa place ici. A-t-on vraiment besoin de tendre la banane à Bwana en faisant une grimace assortie d’une galipette pour qu’il nous reconnaisse comme exception du maillon faible de la chaine humaine ? Faire parler de soi pour créer la polémique est en publicité un principe de base. Le faire au détriment de son semblable en jouant sur une caricature figée avec des méthodes pré-coloniales servira-t-il plus à faire avancer une société que des intérêts personnel ? L’homme est un loup pour l’homme et sur l’échelle des vices la cupidité n’est pas le moindre.

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