Afrique de l’Ouest : la fragilité des économies domestiques
Par Dian le 25 nov 2008 dans Afrique de l'Ouest, Entre les lignes, Mali, Panafrique
En ces moments de crise financière mondiale, l’on a de quoi se ronger les ongles. Les bailleurs de fonds traditionnels ont leurs propres chats à fouetter ; et quels chats !
Il faut faire face aux baisses des exportations, il faut penser à la baisse de la consommation intérieure, il faut faire face aux risques d’aggravation de la crise et il ne faut pas oublier la création d’emploi à court et moyen termes. Tout cela demande de l’argent, beaucoup d’argent. Parallèlement à cette pression croissante, il y a des risques de nouvelles guerres notamment entre l’Israël et l’Iran : une autre source d’inquiétudes.
À l’immédiat, l’on est en train de repenser la finance mondiale, personne ne sait l’orientation que ces nouvelles mesures prendront. Les économies du tiers monde dépendent actuellement (en grande partie) de l’aide au développement qui va automatiquement diminuer. Les campagnes de privatisations des dernières décennies ont dépouillé les États de leurs avoirs et de plus en plus d’accords commerciaux grignotent les recettes douanières dans les ensembles sous-régionaux comme l’Union Monétaire Ouest Africaine Donc les États ne pourront pas faire grand chose face à ces nouveaux défis.
En outre, les migrations de plus en plus conflictuelles vont faire les frais de la crise sans aucun doute. A en croire les observateurs des migrations, le marché de l’emploi dans les pays d’accueil sera pauvre à court terme. Nul n’ignore la part des transferts de capitaux vers l’Afrique de l’ouest dans les économies domestiques. Dans des pays comme le Mali, le Sénégal ou le Nigeria des familles entières dépendent totalement de cet argent venu de l’immigration. Selon des études récentes de la banque mondiale, l’argent qui arrive en Afrique en provenance des immigrés installés en Europe, aux USA et dans les pays du golfe dépasse de 60% le montant de l”aide publique au développement. Ce montant risque de chuter jusqu’à 6 % à moyen terme. Dans de nombreuses familles on commence à ressentir la crise puisque les immigrés qui perdent leurs emplois ne sont plus en mesure d’envoyer de l’argent. Conséquences : les budgets familiaux ne peuvent faire face au court de la vie : scolarisation des enfants, manger, médicaments, transports.
On ne le souhaite pas, mais il est fort probable que les partenaires financiers de l’Afrique soient astreints, du fait de la crise, à réduire l’aide promise. Ce qui freinerait l’exécution de plusieurs projets et entraînerait d’importantes pertes d’emplois. Tout cela aggraverait la fragilité des économies en général et des économies domestiques en particulier. Cela est d’autant manifeste qu’il est courant d’entendre à pareils moments des jeunes cadres employés par des ONG étrangères promettre de se marier ou d’achever la construction de sa maison ”dès que le budget de tel ou tel pays sera voté” ; parlant d’un pays riche duquel proviennent les fonds de son ONG. A l’immédiat, les discours des responsables politiques semblent rassurer les citoyens de la sous-région. A la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest on s’est précipité à éloigner le risque d’une éventuelle dévaluation du franc CFA, mais en Europe il n’est pas exclu qu’on revoit l’Euro à la baisse pour relancer les exportations. Et toute dévaluation de la monnaie européenne conduira à celle du FCFA .
On a rien contre l’espoir suscité par les discours politiques, mais face à la réalité du terrain, il est plus juste de s’inquiéter.
Tags : Crise Financière, Economie, Mali


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