Afrique de l’Ouest / Guinée : mesures protectionnistes contre productives
Par Dian le 7 nov 2008 dans Afrique de l'Ouest, Entre les lignes, Guinée
Ces derniers jours, des camions guinéens chargés de denrées alimentaires de base en provenance du Mali voisin ont été empêchés de franchir la frontière avec les chargements. Pour celui qui connaît les potentialités agro-pastorales de la Guinée, les richesses minières de ce petit pays qui ne vaut même pas le 1/10ème du Mali, que des Guinéens viennent se ravitailler au Mali en céréales passe pour étrange et inacceptable.
Mais c’est la triste réalité bien rodée désormais en Guinée. Les Guinéens traversent leur verdoyant et bien arrosé pays pour aller chercher riz, mil, haricot, oignon et blé dans un pays presque désertique comme le Mali.
Paralysée par plus d’une vingtaine d’années de gestion catastrophique du pouvoir, la Guinée est au bord de l’essoufflement. Aujourd’hui encore, près de deux ans après la sanglante grève de début 2007, les Guinéens vivent une situation bien plus dramatique que celle d’avant cette grève. Pour mémoire, l’on se souvient que le gouvernement et les syndicats avaient signé des accords qu’on avait présenté comme étant la solution à la crise économique et à l’inflation dans ce pays. Parmi ces accords se trouvaient un lot de mesures protectionnistes visant à interdire presque tous les produits guinéens à l’exportation. Dans la foulée, on avait fait rêver les populations qu’on pouvait s’enfermer dans un système autarcique où l’on pouvait “produire et consommer guinéens à bas prix”. c’était une erreur dont les conséquences n’ont pas tardé à retomber sur les populations. Selon une lecture de la réalité du terrain et des observations des spécialistes, les syndicats et le gouvernement doivent revoir leur copie et chercher d’autres solutions tout à fait opposées à celle proposées à l’issue de la grève de 2007.
Les mesures protectionnistes en vigueur depuis ont été des facteurs aggravants de la crise. La croissance économique, les finances publiques et l’emploi ont été sérieusement touchés par ces mésures, comme l’avaient bien averti des économistes à l’époque sans être entendus. Parmi eux, on peut citer l’ancien patron de la banque centrale guinéenne , M. Kassory Fofana.
En vrai praticien de l’économie qu’il est , M. Fofana avait vu en ces accords un facteur entravant “la conquête des marchés extérieurs” pour les produits guinéens. A court terme elles allaient créer une surabondance de l’offre sur le marché local et produire une chute mécanique des prix, mais à la longue ces mesures allaient détruire les filières de production car sans la possibilité d’écouler les produits on revoit naturellement sa production. On peut continuer à énumérer les pertes en emploi, en recettes et en devises qui s’en suivraient.
Les promesses de l’Etat guinéen de sacrifier les taxes douanières pour les produits dits de première nécessité comme la farine, le riz, le carburant étaient utopiques; l’Etat n’ayant pas les moyens de le faire. Ces mesures privaient de facto le pays de la part la plus importante de ses recettes douanières. Elles allaient de même favoriser les habitants des villes et ruiner les paysans sans pour autant reduire l’inflation. Par ailleurs M. Fofana avait fait comprendre que l’inflation en guinée était entièrement d’origine budgétaire : il expliquait que l’Etat vit au dessus de ses moyens et pour ce faire, il recours à la planche à billets qui, bien sûr comporte des conséquences inflationnistes”.
Tout le monde avait pu comprendre que c’est cet état de fait qui a fini par vider la banque centrale à force de donner sans encaisser. La banque n’ayant plus les moyens de ravitailler les banques primaires locales en devises, a du céder la place à la mafia locale (composée de membres de la haute hiérarchie de l’Etat et de quelques commerçants opportunistes). C’est cette mafia qui gouverne réellement le pays. Elle s’est chargée alors de gérer à sa guise le marché des devises et à entretenir l’inflation. Désormais, le franc guinéen était la meilleure marchandise : plus on le dévalorise sur place mieux on se fait des millions et plus les prix grimpent. C’est ainsi qu’on a mis le consommateur guinéen en otage.
Pendant les périodes les plus critques de l’avant grève les denrées alimentaires n’avaient guère approché la réalité d’aujourd’hui : l’exemple du riz, aliment de base de la population, est édifiant. avant la grève le prix du kg de riz n’était qu’entre 2000 et 2800 FG et au pire des cas à 3000 FG Maintenant il est à 5000 et plus. Une baguette de pain était à 800 et 1000 FG, désormais, à dimension beaucoup plus reduite, elle coûte 1500 FG. C’est ainsi pour tous les produits voire pire. La spéculation a atteint tous les secteurs: le foncier, le mobilier, les médicaments, l’immobilier, le vêtement, les biens et services…
L’impunité, la paralysie d’un pouvoir clientéliste et malade font goûter aux Guinéens des moments proches de la prison à ciel ouvert. Les changements de gouvernements n’ont été que des formalités administratives sans inquiéter la mafia ou soulager le pauvre Guinéen qui continue à vivauter.
Tags : Guinée


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